Prisons françaises : le déni de réalité

Prisons françaises : le déni de réalité

Prisons françaises : le déni de réalité

On ne peut pas aimer et respecter l’être humain en se satisfaisant de l’augmentation toujours plus croissante de l’enfermement de nos concitoyens. Je ne suis pas pour les animaux en cages alors vous imaginez bien que l’emprisonnement des femmes et des hommes m’est vraiment difficile à admettre sans éprouver de la peine. C’est même disons le clairement : inacceptable. Ne serait-ce parce que derrière ces mises sous verrous, il y a des drames. Et immanquablement des vies brisées de toutes parts. Et ce qui est le plus aliénant, c’est que ça ne va pas en s’arrangeant. Bien au contraire, tous les voyants sont au rouge en France. Construire toujours plus de prisons n’est-ce pas renoncer à un idéal de société ? N’est-ce pas démontrer, encore et encore, que nous ne sommes pas capables de rendre notre devenir meilleur ? Ce renoncement n’est-il pas en soi un crime ?

Illustration de Christo Dagorov : http://www.christodagorov.com/

Par probité intellectuelle, je ne nie pas que nous n’arriverons jamais à éradiquer toute forme de violences et d’agressions. La prison est malheureusement indispensable pour l’équilibre de notre société. Mais ne pas remettre en cause un système quel qu’il soit, ni tenter de le comprendre, c’est alors ouvrir le champ à de nombreuses dérives. Voici pourquoi je me suis dit qu’il importait que je partage ma veille à ce sujet.

Les chiffres clés

Je vous recommande tout d’abord deux vidéos que je trouve très parlantes pour illustrer mon propos. « Data gueule » coproduit par France Télévisions, est un format très ludique qui traite de sujets de société, tout en les étayant de faits et d’indispensables chiffres, pour mieux cerner certains enjeux.

La première intitulée « Prisons : l’écrou et ses vices » permet de saisir les limites de notre modèle carcéral, et invite à en tirer les conclusions qui s’imposent d’elles-mêmes : nous pouvons faire bien mieux, autrement.

La criminalité assistée

C’est aussi l’occasion de mettre d’autres maux en exergue. Comme notamment la part importante que jouent les drogues, ainsi que les syndromes dépressifs, les troubles psychiques. Et il semble évident, (même si ce n’est pas mentionné), que l’alcool s’inscrit également comme un véritable fléau concourant au passage à l’acte dans de très nombreux drames. L’idée n’est pas de faire passer les coupables pour victimes, ce serait indécent. Mais on ne peut pas faire comme si ces nombreux facteurs n’existaient pas. Les prendre en compte et agir en conséquence permettrait déjà d’éviter bien des problèmes.

La peur collective en juge implacable

Notre capacité à faire des lois pénales à tour de bras pour rassurer le citoyen inquiet y est pour beaucoup dans la surpopulation actuelle. La peur, comme dans de nombreux domaines est une arme redoutable qu’ont bien saisie les politiques pour se faire élire. Une surenchère malsaine pour quelques voix de plus, au détriment de réelles solutions qui mériteraient d’être trouvées pour le bien de tous. Le plaidoyer de Virginie Gautron Maître de conférences en droit pénal et sciences criminelles, Directrice adjointe du Laboratoire « Droit et changement social » à Nantes est très convaincant. L’être humain est bien trop complexe pour que des raccourcis, puissent prétendre être des solutions suffisantes.

A qui profite ce système ?

Mais alors, pourquoi poursuivre dans cette impasse ?

La seconde vidéo, intitulée quant à elle « À qui profite la taule ? », a également le mérite de mettre en lumière les intérêts qu’ont eu certains, à rendre lucratif ce système répressif.

Si vous n’étiez pas sensibles aux arguments citoyens et humains, peut-être le serez-vous plus sur les questions financières qu’elles soulèvent.  Car vous allez pouvoir le constater, les dessous de ce juteux marché sont tout simplement scandaleux.

 Comme bien souvent, le malheur des uns fait le bonheur des autres. De façon hallucinante, chacun comprendra bien tout le cynisme du système. Et tout l’intérêt qu’ont toutes les parties concernées dans cette part du gâteau, d’encourager à toujours plus de détentions.

Et bien évidemment, plus nous persévérons à alimenter ce puit sans fond, moins nous nous dotons des moyens nécessaires de pouvoir opter pour une solution alternative. De bout en bout, notre société est menottée au profit de certains, et qu’importe qu’au final, il soit broyé des destins, sans aucun état d’âme.

Vous pourrez aller également plus loin dans ce vice absolu en découvrant l’article très fouillé et documenté du site Bastamag, qui a consacré un article conséquent sur la question : « Quand les prisons, les détenus et la politique carcérale deviennent des produits d’investissements .« 

S’évader ailleurs…

Une fois que l’on a fait le tour de notre modèle, il nous vient l’envie incompressible d’aller voir ailleurs ce qui s’y fait. Et l’on découvre avec une énorme surprise (alors que nous poursuivons la construction d’établissements pénitenciers), qu’en Suède, ils en ferment. Depuis cinq années, le taux de prisonniers a baissé de 6 %, chaque année. Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article suivant « Suède : quand la prison vise la réhabilitation ». Découvrir également l’article de Laure Anelli et Marie Crétenot sur la « Décroissance carcérale, ces pays qui ferment des prisons » . Si vous êtes ébahis par ses chiffres, sachez qu’il y a mieux ailleurs encore. Au début 2016, les Pays-Bas ne recensaient plus que quelque 9 000 détenus, deux fois moins qu’il y a dix ans. A tel point que même en se servant des bâtiments vides pour héberger des migrants, ils cherchent toujours à savoir quoi faire de leurs prisons vides. On comprends alors que tout est une question de volonté et de regard porté aux êtres, à commencer par les plus perfectibles, aux failles parfois béantes.

Une veille continue

En attendant de pouvoir peut-être un jour reconsidérer nos pratiques, il convient d’avoir une veille sur ce qui a cours. À ce propos, l’Observatoire international des Prisons rappelle que chez-nous 31 ont été condamnées par la justice française pour conditions de détentions indignes. Vous pouvez aussi vous documenter sur le site « Ban Public », une association pour la communication sur les prisons et les incarcérations en Europe. Cette plateforme participe à la réflexion et l’information dans ce domaine, et recense également tous les décès qui surviennent que ce soit par suicide ou morts suspectes, car il est bon de le rappeler : la prison peut tuer.

Autres ressources documentaires :

En photos, découvrez le travail mené par le photographe Grégoire Korganow avec son reportages « Prisons » que vous pouvez découvrir en cliquant ici !

Souhaitant que ces quelques éléments vous aient permis d’enrichir vos idées sur la question. N’hésitez pas à commenter cet article et à partager également des études ou des sites qui pourraient être utiles à notre réflexion commune. Tous les commentaires sont modérés, ne soyez pas étonnés qu’il ne s’affiche pas automatiquement dès votre validation. Merci de votre compréhension.

Léo

Dépeindre les fonds abyssaux pour encourager la mise en lumière de nos lueurs fragiles. Aux rythmes de mes jours, aux rendus de mes nuits, auteur malgré moi...

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