La fillette aux éclats de vers

La fillette aux éclats de vers

Ce texte comporte des passages inappropriés aux jeunes lecteurs ainsi qu’aux adultes sensibles. Je recommande donc à ces personnes pouvant être heurté par le contenu de ne pas lire ce texte.

La fillette aux éclats de vers

La fillette aux éclats de vers, ne gravera plus l’écorce de mon cœur. Elle n’inscrira plus la beauté de son âme en sursis ; celle qui bouillonnait, pulsait, et tambourinait pour vaincre le parpaing-prolifère, qui emmurait le vivant. La geôle terrestre n’enchaînera plus ses maux aux ombres glaciales de la raison. La fragilité insurgée demeurera muette, bâillonnée des plumes d’ange qui lui ont poussées. De longues ailes fines ont battu l’envolée. Aussi fortes qu’avait tambouriné ce cœur flamboyant. Fillette s’est évaporée au fil de mes larmes.

J’ai pleuré encore, alimenté ma crue de chagrin jusqu’à me noyer dans les flots de ton absence. Puis je me suis cramponné. J’ai dérivé sur notre embarcation sommaire. Tu sais ? Celle que nous avions constituée de mots et d’autres, que nous avions solidement attachés aux liens de notre souvenir. Entends-tu les lattes de mes phrases déformées par la douleur, craquer en notre dernière descente sur les flots du malheur ? Vois-tu fillette ceux que tu as combattus défiler sur les rives de mon au revoir ?

breakwater-379252_960_720Çà et là, des spectres en débâcles qui s’agitent et hurlent jaloux, notre passage triomphant. À quel point demeurent-ils pathétiques ? À se heurter les uns aux autres, à s’empoigner de leur violence orpheline. Entends-tu geindre et se morfondre la peuplade de nos bouffeurs de rêves ? Leurs marmites qui bouillent et sifflent leur vide nouveau. Leur grotesque danse implorant notre détresse à pleuvoir abondante, que revienne se repaître notre gibier sur leurs herbes noires et rances ? Aperçois-tu au loin les sombres nuages se frictionner de haine pour nous faire chavirer, cracher leurs bourrasques inutiles de leur mimique édentée ? Ah fillette, qu’il est bon de voir s’effondrer les enfers, les abysses rachitiques s’évaporer de leurs os. La perfidie tournoyer et se prendre les pales dans son ordurière manœuvre, chuter et ramper aux déserts arides. Dans le lointain, la charge monstrueuse enfonçant la porte des citadelles de leurs consciences. Les entends-tu à présent pleurnicher leurs regrets ? Agenouillés dans les ruines de ce qu’ils n’ont jamais été.

S’il te plaît fillette, reste-moi juste encore un peu ! Que je puisse te conter ces censeurs qui tricotent de leurs mains nos pelotes d’espoirs. Une maille à l’endroit, un mot à l’envers, une armure de profonde repentance. Et là encore, ces pilleurs de bonheur semant leur pardon au gré des saisons. Au dur labeur du cœur qui sue de bonté. Tes tourmentes sont derrière fillette, elles ont péri par tes larmes ; ton sang d’encre comme une ultime épitaphe : « ci-gît les maux orphelins… ».

Léo

Dépeindre les fonds abyssaux pour encourager la mise en lumière de nos lueurs fragiles. Aux rythmes de mes jours, aux rendus de mes nuits, auteur malgré moi...

10 réflexions au sujet de « La fillette aux éclats de vers »

LilyPublié le  12:30 - Avr 6, 2016

Merci pour cet instant de poésie. C’est toujours un plaisir de vous lire.

M.D.Publié le  6:01 - Avr 6, 2016

Poésie, délicatesse et force. Un texte magistral qu’on a envie de lire, relire, partager… qu’il nous reste encore un peu !

    LéoPublié le  12:08 - Avr 6, 2016

    Je vous remercie infiniment d’avoir lu ce texte à coeur ouvert et que vous lui fassiez une petite place dans votre âme. Nul doute qu’il y sera choyé et apaisé. Merci beaucoup.

RoseLys DesDunesPublié le  8:40 - Avr 6, 2016

Une débâcle de mots pour construire un cri en mouvement. Tout se bouscule, tempête en furie. C’est noir et furieux, prenant. L’espoir perce t-il au cœur de tant de rumeurs? Non…

    LéoPublié le  12:12 - Avr 6, 2016

    Merci RoseLys, la puissance de votre commentaire rejoins mes mots de malheurs et de désillusions, Souhaitant que notre descente infernale puisse avoir un jour ou l’autre du sens… si tel n’était pas le cas, alors nous aurons résisté avec panache ! A plus tard et encore merci.

Gladys HeuerPublié le  10:00 - Avr 18, 2016

Quelle habileté dans vos mots Léo ! Ce texte dur et aussi emprunt d une certaine douceur m a bouleversée ! Vous possédez l art de l écriture et personnellement je me laisse emporter dans le tourbillon de votre récit …

    LéoPublié le  11:22 - Avr 18, 2016

    Merci beaucoup Gladys pour vos mots sensibles et attentionnés, je vous remercie d’avoir embarqué sur ce radeau d’infortune qui a le mérite de braver le naufrage. Bien à vous.

Boulons (@gwoomilord)Publié le  8:17 - Avr 23, 2016

Merci Léo,magnifiques mots justes aux émotions brutes, chacun touche son but.

    LéoPublié le  11:52 - Avr 23, 2016

    Merci infiniment d’avoir pris chaque mot ainsi quel’émotion qui accompagne chacun d’eux, avec la plus grande sincérité. Je suis touché par votre lecture attentive. Bien à vous.

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